Interpellation urgente — Bourdonnette : sa (qualité de) vie en péril

Déposée par Mountazar Jaffar, conseiller communal – Interpellation urgente du 18 novembre 2022

La Bourdonnette n’est pas un quartier lausannois comme les autres. Architecture, localisation, composition ethnique et socio-économique mais aussi réputation dressent le pourtour de ses spécificités. Pourtant, le quartier est bien un quartier de Lausanne, et ses habitants ont les mêmes besoins que ceux des autres quartiers, tels que le fait de disposer d’un ou de plusieurs commerces de proximité ou de bénéficier d’un service public, a minima existant à défaut d’être fort. À l’heure actuelle, ni l’un ni l’autre de ces besoins n’est assuré, et les habitants se retrouvent davantage isolés que ce qu’induisait déjà leur emplacement géographique éloigné du centre. En effet, depuis maintenant plusieurs semaines, la seule épicerie qui fournissait aux quelques 2000 habitants du quartier des denrées en tout genre est fermée, sans qu’une issue ne soit prochainement prévue. Quant à la Poste, en conclusion d’une longue saga, celle-ci avait mis la clé sous le tapis il y a quelques mois déjà, mais avait collaboré avec ladite épicerie afin de continuer à fournir un certain nombre de prestations. La fermeture de l’épicerie entraine donc avec elle la fin des services postaux, tel que relevé par le 24 Heures le 15 novembre.

L’histoire de l’épicerie, tout comme celle de la Poste, contient également de nombreux épisodes. Si pendant de nombreuses années les habitants ont pu bénéficier de la présence d’un Denner, les années qui suivirent son départ il y a une dizaine d’années furent marquées par de nombreux changements de propriétaires. Plusieurs propriétaires se sont en effet succédé dans la gestion du supermarché, en se franchisant, et en maintenant l’appellation ‘’Denner’’. Ceux- ci disposaient dès lors d’une certaine liberté dans la proposition de leurs produits, et dans la tarification de ceux-ci. Certains produits présents au Denner Satellite de la Bourdonnette pouvaient effectivement être vendus 2 à 3 fois plus chers que dans d’autres magasins de la même enseigne.

De plus, déjà en 2019, les habitants du quartier apprenaient avec inquiétude que le seul magasin d’alimentation du quartier allait fermer. Cette fois, le nouveau propriétaire s’installe en son nom, et la saga ‘’Denner’’ se termine. En revanche, les produits chers et surfacturés eux ne finissent pas. Comme dans certaines autres épiceries de quartier, des produits de base tels que le pain, le lait, la farine ou le sucre sont vendus 2 à 3 fois plus chers que dans des discounters tels que Aldi, Lidl, Denner ou même Migros.

Si ce type de commerce de proximité qu’est l’épicerie facilite bien des ménages dans certains quartiers, en raison notamment de leurs heures et jours d’ouvertures étendus et de la large palette de produits offerts, nous estimons que ce n’est pas le cas à la Bourdonnette. D’abord, parce que les habitants du quartier gagnent en moyenne 20% de moins de revenu annuel que la moyenne lausannoise. De ce fait, la question des prix et du pouvoir d’achat est centrale pour une majeure partie des habitants, qui a pour habitude de comparer les prix. Mais aussi, en raison de la position excentrée du quartier. En effet, si les habitants ne souhaitent pas se rendre dans l’épicerie du quartier, ils devraient se rendre, au plus proche, au centre Malley lumières pour accéder à un autre commerce alimentaire, et devraient donc emprunter une voiture ou les transports publics avec un certain temps de marche. Cette situation n’arrange donc en rien les personnes peu mobiles, telles que les personnes âgées, les personnes sans voiture ou sans abonnement de transport public.

Dès lors, nous pensons que pour un quartier de la taille de la Bourdonnette, excentré et composé de personnes à bas revenu, l’existence monopolistique d’un seul et unique commerce offrant des produits à des tarifs plus élevés que beaucoup d’autres enseignes et ce en l’absence d’alternatives, est une situation qui est déjà en soi problématique. Ajouté à cela, la fermeture de ce seul commerce sans date de réouverture prévue ainsi que la fin des services des postaux ajoute un caractère particulièrement urgent à la situation. La qualité de vie des habitants de ce quartier est fortement impactée, et il est urgent de trouver des solutions pérennes.

Au vu de cette situation, les questions que nous adressons à la Municipalité sont les suivantes :

  • Quelle est la position de la Municipalité face à cette situation ?
  • À court terme, quelles solutions peuvent être envisagées pour l’ouverture ou la réouverture d’un commerce alimentaire à la Bourdonnette dans les plus brefs délais ?
  • Quels moyens dispose la Municipalité pour que la Poste maintienne ses services à la Bourdonnette ?
  • À long terme, une collaboration entre la Ville, la FLCL et des acteurs privés est-elle envisageable afin de proposer une ou plusieurs offres alimentaires prenant en compte le pouvoir d’achat spécifique des habitants du quartier ?
  • Quelle est la vision à court, moyen et long terme de la Ville concernant la qualité de vie du quartier de la Bourdonnette ?

Annexes : Photos prises le mercredi 16 novembre 2022 :

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