Alcool et saucisses au même régime

 

Opinion publiée dans 24 heures le 6 septembre 2013 par Grégoire Junod, conseiller municipal, directeur de la Sécurité publique et du Logement.

“Il est des coïncidences qui ne trompent pas. Les partisans de la révision de la loi sur le travail font actuellement campagne pour qu’au soir du 22 septembre nous puissions acheter à peu près tout à n’importe quelle heure de la nuit dans les stations-service. Au nom de la liberté du commerce, bien sûr.

Au mois d’août dernier, ce sont les mêmes qui, au sein de la Commission de l’économie et des redevances du Conseil national, vidaient le projet de nouvelle loi sur l’alcool de tout ce qu’il contenait de mesures innovantes et surtout utiles. Exit donc l’introduction d’un prix minimum sur les alcools forts – voulue par le Conseil des Etats. Idem s’agissant de la proposition du Conseil fédéral d’interdire la vente de boissons alcooliques entre 22 heures et 6 heures du matin. Avec quels arguments? La liberté du commerce, pardi.

Saucisses et alcool devraient donc être logés à la même enseigne. Quant aux questions de sécurité et de santé publique, pourtant au cœur du débat, elles ne pèsent visiblement pas lourd aux yeux de la droite lorsqu’elles impliquent une restriction, fût-elle minime, des libertés économiques. Quel spectacle désolant, qui plus est venant de ceux qui ne cessent de réclamer plus de sécurité et de fermeté!

La fixation d’un prix minimum est pourtant une mesure de bon sens. Les modes de consommation d’alcool ont évolué au cours de ces dernières années. En particulier chez les jeunes. On boit aujourd’hui plus, plus tôt, plus vite, et de préférence des alcools forts. Les villes suisses le savent bien: les déprédations ou les actes de violence auxquels elles sont régulièrement confrontées ont presque toujours à voir avec des problèmes de suralcoolisation.

Autoriser, comme c’est le cas en Suisse, à toute heure du jour et de la nuit la vente de bouteilles de vodka à moins de 10 francs relève de l’irresponsabilité. Un prix minimum permettrait de réorienter la consommation vers des boissons alcooliques moins fortes, avec des risques bien moindres pour la santé.

La Suisse en a d’ailleurs fait l’expérience en 2004. Face à l’explosion de la consommation d’alcopops, la Confédération a introduit un impôt spécial. Moins attrayantes, ces boissons ont alors rapidement disparu du marché.

Quant aux restrictions imposées à la vente d’alcool, Genève les pratique depuis 2005. Au-delà de 21 heures, la vente d’alcool dans les commerces est interdite. Corollaire réjouissant: les hospitalisations pour intoxication alcoolique chez les jeunes y ont diminué de 35%.

Nous saurons bientôt si le parlement se décide in fine à assumer ses responsabilités. Mais, si l’affaire devait mal tourner, il serait alors peut-être temps, comme pour les shops, de porter le débat devant le peuple. Avec en toile de fond toujours la même question: n’est-ce pas le moment de tirer le frein d’une société qui voudrait consommer vingt-quatre heures sur vingt-quatre?”

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