Initiative salutaire contre la pénurie de logements

Grégoire Junod, député, président du groupe socialiste, municipal élu – paru dans 24 heures le 8 avril 2011

D’ici vingt-cinq ans, le canton de Vaud pourrait compter plus d’un million d’habitants. La plus forte croissance démographique du pays. Pour les plus confiants, elle sera naturellement gage de richesse et de prospérité. Honnêtement, ça reste à prouver. Car le progrès ne coule pas de source, et l’histoire est truffée d’exemples où la croissance ne tient pas toutes ses promesses: creusement des inégalités, augmentation de la pauvreté, atteintes à l’environnement…

Dans ce canton, par exemple, la création de 40 000 emplois au cours des cinq dernières années n’a pas suffi à éradiquer le chômage. Il existe bien sûr un lien entre les deux, mais pas d’automaticité. L’enjeu central consiste donc d’abord à assurer un développement harmonieux de notre économie, susceptible de garantir à chacune et chacun un niveau de vie suffisant.

Notre canton en prend-il le chemin? La réussite économique est incontestablement au rendez-vous. Mais, accaparé par l’assainissement des finances, le Conseil d’Etat n’a pas pris la pleine mesure des enjeux liés à la croissance de la population. L’état du marché du logement est à ce titre symptomatique. La pression démographique a créé une pénurie qui dure depuis plus de dix ans, encourageant la spéculation immobilière et poussant les loyers à la hausse.

Jusqu’ici, le Conseil d’Etat s’est contenté de regarder passer la crise, se refusant à toute intervention. Le marché résoudra les problèmes par lui-même, nous a-t-on répété… On mesure aujourd’hui l’étendue des dégâts: on a construit ces dernières années la moitié moins de logements qu’il n’en aurait fallu pour absorber l’augmentation de la population!

Mais un virage pourrait enfin s’amorcer. Grâce à l’Asloca. L’association de défense des locataires vient de lancer une initiative populaire pour soutenir la construction de logements et contraindre canton et communes à investir dans le logement à loyer modéré.

Même le Conseil d’Etat, sans doute secoué par les dernières prévisions démographiques, se dit prêt à opérer un changement de cap. Après les avoir inlassablement combattues lorsque la gauche les a défendues au parlement, il se résout lui aussi à proposer des mesures légales pour lutter contre la thésaurisation du sol. Une petite révolution!

Est-ce l’amorce d’une véritable politique cantonale du logement? L’espoir pourrait être de courte durée: la droite et les milieux immobiliers ont réservé un accueil glacial à ces propositions. Que n’a-t-on pas entendu: étatisation du sol, poudre aux yeux, mesures inutiles pour contrer une pénurie qui se résorbera d’elle-même. La défense des intérêts particuliers autorise décidément toutes les exagérations et contre-vérités.

Ces mêmes milieux n’hésitent pourtant pas à louer les vertus de la croissance. Mais on peut le craindre désormais: sans un nombre suffisant de logements, cette sacro-sainte croissance pourrait bien tourner au cauchemar.

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