Interview d’Oscar Tosato dans le mensuel Bonne nouvelle

Interview d’Oscar Tosato, conseiller municipal – paru dans Bonne nouvelle d’avril 2011

«A l’église, je trouve l’énergie pour lutter»

Photo: V. Verissimo / Bonne nouvelle

Oscar Tosato est le municipal le mieux élu à Lausanne lors des récentes élections communales. II parle des valeurs qui le poussent à l’action

Vous êtes le politicien le plus populaire à Lausanne. En connaissez-vous la raison?
Oscar Tosato:
Un homme politique doit tenir compte de ce que lui disent les gens. J’ai une forte capacité d’écoute, due à mon activité durant vingt ans au Centre social protestant (CSP). Je travaillais à l’écoute des autres pour trouver avec eux des solutions à leurs problèmes. Une autre raison est mon engagement actif dans le mouvement associatif. J’y ai pris des responsabilités et y ai donné beaucoup de mon temps. Enfin, après huit ans comme municipal, je suis aussi apprécié parce que les réalisations correspondent aux promesses faites.

Est-ce votre dévouement aux familles et aux étrangers qui fait votre succès?
Oui, cela me rend populaire. Au CSP, je m’occupais des familles, des plus pauvres, des démunis. J’ai pu reporter ce souci à la municipalité et cette action porte des fruits. L’offre s’est améliorée dans les transports publics, nous avons ouvert des places de garderie… Si vous réussissez dans le domaine social, c’est plus payant que dans l’organisation d’un service administratif. Mais l’échec a aussi un effet multiplicateur.

La gauche et les Verts ont décroché six sièges sur sept au premier tour. Comment s’explique un tel raz de marée?
Nous avons proposé une liste commune dès le premier tour, et cela a marché. Nous l’avions fait il y a cinq ans au second tour avec succès. Cette formule de gauche non hégémonique, avec des représentants de plusieurs tendances travaillant en collégialité, a séduit.

Une participation de moins de 30%. La politique n’intéresse plus les gens?
Une participation si basse fait mal au cœur quand nous voyons dans certains pays une telle aspiration à la démocratie et à ses instruments. Il y a des explications: la faible participation des étrangers qui ont le droit de vote, peut-être que le processus est trop compliqué. Les jeunes votent peu, eux aussi, c’est inquiétant. Ils s’occupent davantage de problèmes personnels.

Quelles sont les qualités essentielles du bon politicien?
Avoir le sens du service public d’abord, vouloir améliorer la situation de la communauté. Lorsque nous rencontrons des gens qui vivent dans des pays dictatoriaux, la première chose qu’ils apprécient chez nous, c’est ce sens du bien commun. Nous ne travaillons pas pour notre profit personnel. Dans trop d’endroits, dès qu’un personne est élue, elle se laisse corrompre. Il faut aussi connaître les besoins et les préoccupations des gens, bien comprendre la demande. Enfin, il faut aller au front, être présent sur le terrain et tenir un discours rassurant.

Quelle est votre principale réussite en politique?
Ce qui me tient à cœur est de m’engager pour des valeurs dont je souhaite qu’elles soient respectées et mises en avant. Alors pouvoir affirmer que des jeunes ont droit à des apprentissages quelle que soit la situation de leurs parents, cela me fait déplacer des montagnes. Tous les enfants doivent être égaux devant les chances de se construire un avenir rayonnant. D’autres réussites me font plaisir, comme le développement concret du nombre de places d’accueil de jour pour les enfants. Ce domaine a énormément évolué.

Quelles valeurs mettez-vous en avant avec vos enfants?
Le respect. Il se décline sous plusieurs formes. Tout le monde a droit à la parole et à être écouté. Il faut aussi savoir intégrer l’expérience des adultes. Pour moi, les grands-parents sont des sages. La compréhension de sa propre histoire se fait par la connaissance de ceux qui nous ont précédés. Un autre élément est d’être disponible pour ceux qui en ont besoin. Il faut être généreux, envers les malades, les démunis, les étrangers…

On vous sait proche des Églises. Quelle est votre religion?
Je suis catholique de naissance mais, après vingt ans au CSP, je suis vraiment œcuménique. Je vais indifféremment à l’église catholique ou protestante. Je peux aussi être présent dans une communauté évangélique. Je n’ai aucun problème avec une synagogue ou une mosquée. Dans tous ces lieux où s’expriment la foi et la prière, je trouve l’énergie pour ce qui compte pour moi, lutter pour son prochain. J’aime les rituels, les odeurs, les discours qui s’y tiennent. Nous devons croire en quelque chose qui va au-delà de la possession de biens, chercher ailleurs. Dieu est justement ce qui est hors cadre.

Qu’attendez-vous des Eglises dans la ville et dans la société?
L’action de l’Eglise doit être de générer du lien social, qui est la paix entre nous et que nous devons défendre, et d’être présente auprès de ceux qui sont dans le désarroi. L’Eglise offre aussi un havre de paix dans le tourbillon qu’est notre monde où tout le monde court.

Les Eglises prennent position sur des sujets politiques. Comment jugez-vous ces interventions?
Les Eglises ont toujours été mêlées d’une manière ou d’une autre à la politique. Autant que cela soit fait de façon claire et transparente en donnant un avis, plutôt qu’elle soit soupçonnée d’avoir un avis et de manœuvrer pour le faire passer.

Qu’avez-vous gardé de votre activité de travailleur social?
Je recevais des personnes qui avaient des questions sur les assurances sociales et au sujet de la loi sur les étrangers. Ma chance depuis a été de pouvoir donner des réponses collectives à ces demandes individuelles. Souvent les personnes imaginent avoir un problème produit par elles-mêmes, mais ce n’est pas le cas. Il s’agirait plutôt de changer une loi ou un règlement. On est endetté non pas parce qu’on gère mal son budget, mais parce que son salaire ne suffit pas à faire vivre une famille. La famille a des problèmes, non pas parce que je ne sais pas m’y prendre, mais parce que mes horaires de travail ne me permettent pas de voir les enfants, etc.

Vous affectionnez le guet de la cathédrale. Pourquoi?
La cathédrale est le plus beau bâtiment de la ville. Le guet y est présent depuis six siècles. Il marque bien la collaboration entre l’Eglise, la ville et la vie de tous les jours. J’aime le guet parce que j’aime les traditions, des images du passé qui nous accompagnent et qui vont perdurer. Savoir d’où nous venons pour savoir où nous allons. Je me sens une mission de défendre cette tradition, même si ce n’est pas facile aujourd’hui de dépenser de l’argent pour une personne dont le mandat et d’annoncer l’heure, les incendies et les invasions… (rires) Il n’existe plus que cinq ou six guets historiques en Europe. Reste que c’est une des images de Lausanne qui se retrouve le plus souvent dans les journaux étrangers.

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