Cliniques privées: le Parlement sous influence

Grégoire Junod – paru dans Lausanne Cités du 3 février 2011

Une pièce inédite s’est jouée le 25 janvier dernier. Nous sommes alors au Palais de Rumine, dans la salle du Grand Conseil vaudois. Et le débat, ce jour-là, porte sur notre système de santé.

Pour résumer brièvement: dès 2012, en vertu du droit fédéral, les cliniques privées pourront être reconnues d’intérêt public et dès lors bénéficier d’une participation du canton pour leurs dépenses d’hospitalisation. Reste à savoir à quelles conditions. Le Conseil d’Etat vaudois présente un projet laissant trois ans aux cliniques privées pour se conformer aux règles applicables aux hôpitaux régionaux déjà subventionnés. Parmi celles-ci figurent notamment une limitation du salaire des directeurs, le respect de la convention collective et un droit de regard sur les investissements consentis avec l’argent du contribuable. Si l’Etat doit payer, quoi de plus normal qu’il fixe quelques règles en échange.

La droite n’est certes pas enthousiaste mais elle ne s’oppose pas au projet. Au sein de la commission parlementaire chargée de l’examiner, la loi passe même la rampe sans la moindre opposition ! A ce stade, rien ou presque ne laisse présager un mauvais tour.

Mais tout change le 25 janvier au petit matin, juste avant l’ouverture des débats parlementaires. Quelques lobbyistes des cliniques privées convoquent alors les députés radicaux. On ne saura sans doute jamais ce qui s’est dit dans ce cénacle… Mais comme par enchantement, trois heures plus tard, le groupe radical, quasi unanime, refuse d’entrer en matière sur ce projet de loi ! L’UDC et les libéraux font de même. A droite, il ne reste qu’une poignée de députés courageux à oser encore s’abstenir. Cela ne suffira pas ; avant même d’être discutée, la loi est ainsi rejetée.

La droite a donc gagné. Mais quelle triste victoire. Rarement le parlement vaudois aura à ce point travaillé sous influence. Car derrière ce projet se joue d’abord une affaire de gros sous: quelle manne d’argent public pourra être captée au profit des cliniques privées et de leurs actionnaires ? La réponse apportée par le parlement vaudois est choquante. Et coûteuse: 70 millions par année à la charge du contribuable! A ce tarif, on comprend sans peine les cliniques privées. Un peu moins les élus du peuple…

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