La juste mesure de la fête

Florence Germond – paru dans Lausanne Cités du 18 novembre 2010

En 1995, la législation évoluait vers une libéralisation totale des activités nocturnes en ville de Lausanne. Depuis lors, les nuits se sont animées, enjouées, puis agitées jusqu’à devenir aujourd’hui, sujet à questionnement.

Le contexte actuel semble extrême : l’activité des établissements nocturnes est sans limite, l’alcool est vendu à des prix planchers dans des magasins ouverts tard, les « alcopops » lui donnent un visage inoffensif et la notion de teneur maximale en alcool a disparu. Il est même difficile de préserver les mineurs car le cadre légal rend ardu la mise en place des contrôles.

Les conséquences de cette libéralisation sont aujourd’hui visibles: accidents parfois mortels, comas éthyliques à des âges qui tutoient encore l’enfance, agressions diverses, y compris envers les forces de l’ordre. Les jeunes d’aujourd’hui sont-ils devenus « terribles » ? Je ne partage pas ce point de vue. Ce ne sont pas les jeunes qui ont changé mais bien le cadre dans lequel ils évoluent. Et là, nous devons agir.

Pour exemple, le canton de Genève a adopté en 2005, une série de restrictions des possibilités d’achat d’alcool dans les magasins. Le nombre d’admission pour coma éthylique dans les hôpitaux a rapidement diminué de 35%.

Plus largement, des études telles que celles menées par le criminologue Martin Killias, ont démontré que l’augmentation des incivilités est notamment attribuable à une libéralisation à outrance de la vie nocturne. On est loin d’une hypothétique et obscure « mutation intrinsèque de la personnalité des jeunes ».

Aussi, contrairement à la proposition des libéraux-radicaux lausannois de prolonger les horaires d’ouverture des discothèques, le parti socialiste lausannois préconise d’ajuster les décisions prises en 1995: réintroduction d’une heure blanche entre 5h et 6h du matin ou encore interdiction de vente d’alcool dans le magasins en soirée. Il est en effet de notre devoir d’offrir aux jeunes qui souhaitent faire la fête, un cadre raisonnable et sécurisant. Loin de l’idée de les empêcher de s’amuser, nous sommes convaincus qu’une série de mesures de pondération permettrait d’améliorer la qualité de la vie festive et du même coup, la tranquillité nocturne des riverains.

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