Postulat – Pour un Plan d’affectation communal adapté au réchauffement climatique

Anne Françoise Decollogny, conseillère communale. Postulat déposé le 23 juin 2020

Depuis plusieurs années, les températures sont régulièrement plus élevées que l’année précédente, en particulier durant l’été où les canicules se sont succédées depuis 2015. Cette année c’est le mois d’avril qui nous est annoncé comme le plus chaud jamais enregistré, soit depuis 1864. De plus il n’y a eu aucune pluie durant le même mois. C’est également l’hiver le plus chaud que la Suisse ait vécu[1].

Le réchauffement climatique s’est déjà traduit dans notre pays par une augmentation de la température moyenne d’environ 1.5°, alors qu’il est reconnu que l’augmentation devrait se situer en-dessous de 2° si l’on veut éviter un désastre climatique.

En 2018 c’était une inondation grave, le 11 juin, qui endommageait nombre de caves, installations en sous-sol, équipements urbains (ascenseurs), sous-sol de la gare et de bien d’autres bâtiments où eau et boue se sont mélangés. Les dégâts ont été considérables (cf. mon interpellation « L’inondation du 11 juin 2018 a-t-elle laissé des traces ? » du 8 avril 2019)

Le réchauffement climatique est déjà une réalité en Suisse et Lausanne n’est pas épargnée. Or beaucoup de bâtiments construits par le passé n’ont pas été conçus pour affronter des températures élevées, façades et toits sont peu isolés. Et les propriétaires ne sont pas pressés de procéder aux travaux de rénovation et d’isolation nécessaires. Pour les nouveaux bâtiments, ce sont souvent les normes Minergie qui sont appliquées, en particulier pour les bâtiments sur terrain communal. Mais il n’est pas sûr que les standards Minergie aient été conçus pour des chaleurs intenses. Par ailleurs les bâtiments que l’on voit se construire n’intègrent pas, dans leur architecture et leurs structures, une prise en compte de températures élevées et qui vont continuer de grimper. Or les pays chauds donnent de multiples exemples de leur prise en compte. Portiques en Grèce, fontaines et jeux d’eau à Rome et à Grenade, avant-toits et auvents protégeant du soleil dans les pays africains, les exemples de construction protégeant de la chaleur sont multiples.

A Lausanne, on trouve de nombreux bâtiments donnant plein sud, au ras du trottoir, sans balcon, dotés de stores métalliques… on ne peut faire pire en matière de protection contre la chaleur.

Et l’on ne s’arrêtera pas aux bâtiments eux-mêmes mais également à leur périmètre qui ne tient pas compte non plus des températures plus élevées, avec des nuits tropicales de plus en plus fréquentes. On prendra pour exemple les nouveaux bâtiments du haut de l’avenue de la Borde ou de l’avenue de Morges dont les façades donnent directement sur le trottoir sans aucun espace-tampon qui isole les façades du bitume du trottoir. Et avec des appartements qui donnent au ras du trottoir… Or on sait que le bitume retient fortement la chaleur de par sa structure et sa couleur. De plus, le trafic élevé des axes principaux bordés d’immeubles d’habitation génère une pollution de l’air importante et où les particules fines sont particulièrement présentes. Elles sont tout naturellement accueillies par les fenêtres des appartements situés au rez-de-chaussée.

 

En résumé, nous souhaitons que la Municipalité prenne en compte les connaissances, savoirs et technologies les plus récents en matière de lutte et d’adaptation au réchauffement climatique pour les constructions et l’évolution du bâti de notre ville.

 

Ainsi donc, le présent postulat invite la Municipalité à étudier l’opportunité de

 

  1. intégrer dans le futur Plan d’affectation communal des exigences et des conditions prévoyant que les constructions à venir, les rénovations futures et les espaces entourant les bâtiments tiennent compte du réchauffement de la température, qu’il s’agisse de leur structure, des matériaux utilisés, des couleurs de façades, ainsi que des exigences en termes d’espaces d’aération (« couloirs à vent »), d’écoulements d’eau, de végétalisation et d’arborisation.
  2. proposer un projet-pilote lors d’une future construction d’un bâtiment (ou d’un ensemble de bâtiments) sur un terrain communal, de manière à donner le coup d’envoi de constructions adaptées à cette réalité nouvelle.

 

 

Lausanne, le 18 juin 2020

[1] L’ensemble des informations mentionnées sont tirées de :

Confédération suisse – CH2018 – Scénarios climatiques pour la Suisse. National Centre for Climate Services, ed. Zürich, 2018.

Office fédéral de l’environnement. La canicule et la sécheresse de l’été 2018. Impacts sur l’homme et l’environnement. Berne, 2019.

Et sur la base de nombreux articles de la presse (24 Heures, Le Temps) publiés sur le sujet du réchauffement climatique et sur les adaptations au réchauffement au cours de ces dernières années.

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